La victime, le nain, et le cirque médiatique
9 septembre 2007 21:01 |
Categorie: Coup de gueule

Parce que je suis soulagée de voir que je n’ai pas été la seule choquée d’entendre notre président demander que la justice se place “du côté des victimes”, je vous renvoie une fois de plus vers un excellent article du Monde.
Dans cet entretien Robert Badinter, ancien Garde des Sceaux, revient sur le délicat équilibre nécessaire à la Justice, et le danger de laisser l’émotion, le désir de vengeance (et le populisme) interférer avec cet exercice délicat. Il parle également de l’inutilité de voter une nouvelle loi à chaque affaire médiatique:

Prenons le cas de l’affaire Francis Evrard. Elle pourrait faire l’objet d’une commission d’enquête parlementaire. Pourquoi, dans ce cas, l’arsenal des dispositions inscrites dans les lois existantes n’a-t-il pas fonctionné ? Pourquoi les mesures de surveillance judiciaire ont-elles été inopérantes ? A-t-il fait l’objet d’un traitement psychiatrique en détention ? A-t-on mobilisé juges de l’application des peines, psychiatres, agents d’insertion et de probation à sa sortie ? Cette affaire grave révèle une série de dysfonctionnements auxquels il serait plus urgent de porter remède que de légiférer dans la hâte.

de la question de l’enfermement de délinquants sexuels en hôpital psychiatrique après qu’ils aient purgé leur peine de prison:

Il faut bien mesurer que ce qui s’annonce là est un changement profond de la fonction du juge. Que prévoit-on ? Le juge sera en présence d’un détenu qui aura purgé entièrement sa peine, qui “aura payé sa dette à la société”, comme on le dit familièrement. Que va-t-on demander à ce juge ? Au vu d’un rapport d’expertise psychiatrique - et la psychiatrie n’est pas une science exacte -, le juge devrait décider la détention de quelqu’un qui n’aurait pas commis de nouvelle infraction, mais qui recèlerait en lui la possibilité d’en commettre, en fonction d’une dangerosité présumée. Le juge ordonnerait une détention sans infraction ni condamnation !

et du projet présidentiel de juger des gens reconnus irresponsables:

Il existe déjà des dispositions en faveur des victimes en présence d’une éventuelle irresponsabilité pénale pour cause de démence. La partie civile peut demander une contre-expertise psychiatrique. Si le non-lieu est prononcé, elle peut faire appel devant la chambre de l’instruction qui tient une audience publique. La loi permet de reconnaître que le crime a été commis par la personne jugée irresponsable, et la victime peut obtenir des dommages-intérêts en l’absence de condamnation pénale.

Bref, une bonne petite mise au point sur des sujets trop complexes, trop délicats et surtout trop importants pour l’avenir de notre société pour que l’on se contente de l’abandonner au cirque politico-médiatique.

Et comme toujours, l’intégralité de l’entretien sur le site du Monde.


Tags: article, démocratie, justice, le_monde, politique, sarko, violence

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2 commentaires jusqu'à présent
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Par Misato
9 septembre 2007 21:04

Tu vois Moukmouk, j’ai posté quelque chose! Bon, c’est un sujet un peu aride (et je suis sûre que tu ne suis pas les aventures de notre nouveau super-président), mais ces questions me semblent si importantes…


Par Moukmouk
12 septembre 2007 14:18

Tu as tout à fait raison, je répète mais à toutes questions complexes il y a une réponse simple… et fausse. ( Eco) faut arrêter de chercher des coupables, mais plutôt trouver des solutions.




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